02 octobre 2006
Mise à jour cinéphilique
Ne croyez pas, chers visiteurs et visiteuses, que le fait que ce blog soit en jachère depuis quelques temps (à part le résumé deauvillais mis en ligne il y a quelques dizaines de minutes), implique forcément que son auteur soit absent de ses salles obscures chéries.
Bien au contraire, il y a fait plusieurs apparitions ces derniers temps mais n’a pas eu le temps, en raison d’un emploi du temps relativement chargé (oui, oui, ça arrive de temps en temps…), de s’acquitter de ses devoirs bloggiens.
Je tente donc ce soir de rattraper ce retard en vous parlant de quelques films vus ces quinze derniers jours.
Parmi les trois films cités dans cette petite chronique, je vais commencer par celui, qu’à mon sens, vous pouvez vraiment aller voir. Sorti le 20 Septembre, La Méthode de Marcelo Pineyro, devrait être vu par l’ensemble des directeurs des ressources humaines.
Il s’agit là d’un thriller d’entreprise, qui fait froid dans le dos.
Sept candidats à un poste à responsabilité se présentent à un entretien de recrutement réalisé en groupe. Au fur et à mesure de l’avancement de cette épreuve de sélection, les candidats se demandent s’ils sont observés par des caméras, s’ils sont tous candidats ou si un recruteur est caché parmi eux, bref les interrogations se multiplient et l’ambiance est de plus en plus lourde.
Ce huis clos psychologique, servi par un casting irréprochable (Eduardo Noriega, Najwa Nimri,…) et un humour corrosif et cynique, reflète parfaitement les abus réalisés par les cabinets de recrutement dans notre société « moderne ».
On sort de ce film, horrifiés à l’idée d’aller passer un entretien d’embauche dans la moindre multinationale.
A méditer donc.
Toujours dans le registre des films « reflets d’une époque », Président de Lionel Delplanque, dresse un portait sans concession du pouvoir et de ses dangers.
Le président interprété par Albert Dupontel, portrait robot du président type de la 5ème république, entre ses convictions sincères, ses amitiés douteuses, son train de vie monarchique, ses relations avec la presse, son cabinet,…, nous rappelle à de nombreux souvenirs plus ou moins récents.
La soif du pouvoir, la corruption passive et active, des thèmes chers à notre société actuelle, sont ici part intégrante de la vie quotidienne du personnage principal.
Cela parait tellement quotidien, parfaitement maîtrisé jusqu’à un certain point, que la moindre petite malversation parait anodine, habituelle, presque normale.
Et c’est ce qui fait la principale force du film : la banalité.
Dupontel y campe un président, apparaissant au début comme humain, affable, à l’écoute, et voulant changer les choses. Au final, le pouvoir prend le dessus, et l’homme et ses convictions passent au second plan.
Là encore, même si la mise en scène reste un peu en retrait, un peu plate et sans une réelle imagination, le film tient une de ses promesses : faire un minimum réfléchir sur les coulisses du pouvoir.
Le problème principal du film tient à la minceur de son histoire : on ne retient finalement que la performance de Dupontel, l’intrigue principale, façon thriller, est beaucoup trop floue, pour intéresser et captiver, c’est dommage.
A trop vouloir montrer, à aller dans beaucoup trop de directions et à trop vouloir développer de thématiques, le film en perd son fil, une bonne partie de son intérêt et de ses intentions.
A défaut de vouloir être président, l’envie vous a peut-être effleurée de devenir chanteur.
Xavier Giannoli a voulu dresser le portrait d’un chanteur de bal, ringard et paumé, qui rencontre l’amour.
Quand j'étais chanteur, sorti le 20 Septembre était en compétition au dernier festival de Cannes.
Gérard Depardieu campe ce personnage à la fois ringard et terriblement attachant, avec naturel et exigence (pas de trucage, toutes les chansons sont vraiment exécutées par l’acteur en personne), et une réelle envie de jouer, plus vue depuis un bon moment sur les écrans.
Cécile de France, qui peut des fois énerver par son sur-jeu, reste assez sobre. Elle réalise ici une de ces plus belles performances.
L’ensemble est frais, simple, sobre et la mise en scène met parfaitement en valeur ce couple d’acteurs, à la fois touchant et sincère.
On y croit plutôt, on s’éloigne des clichés qui pourraient affecter ce genre de films, ancrés dans une réalité « nostalgique et provinciale » et l’on se plait encore à croire à la diversité du cinéma français.
Ca fait quand même du bien même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur de nos exigences.
Voila, je vous laisse donc décider de vos prochaines excursions cinéphiliques, et je vous donne rendez-vous très prochainement pour d’autres découvertes.
29 août 2006
A Dingonne is born
Je sais, vous vous dites, Manfred se carapate et nous laisse sans nouvelles. C’est vrai, je m’en excuse, pas mal de boulot ces temps-ci, quelques nuits blanches et le retour de vacances, vous le savez, c’est pas toujours facile… Alors pour pallier ce manque et en ce 29 Août où je ne pouvais pas laisser mon blog en jachère sous peine de représailles périgourdines, un petit rattrapage s’imposait…
Bon, je ne me plains pas, dans trois jours je pars pour 10 jours au festival du cinéma américain de Deauville. Tout cela nécessitant quelque préparation, vous comprendrez mon retour agité et occupé. Vous verrez d’ailleurs le résultat quotidiennement sur le site web de l’Express et sur vos magnifiques téléphones 3G SFR pour ceux qui en ont (moi j’ai orange, pas de chance…). Un peu de pub ne faisant pas de mal en passant ;-)
Je ne me suis pas pour autant laissé aller puisque mes pérégrinations cinématographiques se sont révélées plutôt fructueuses ces temps-ci. La science des rêves, inspiré, rafraîchissant, Gondry file la métaphore et continue de développer les thèmes qui lui sont chers : rêve et réalité, amour et amitié, bref des thèmes qui finalement nous sont assez proches. On se laisse gentiment porter par cette histoire loufoque, quotidienne et légère. Le style Gondry, aérien, enlevé, cartoonesque et clipesque, fait mouche et on se sent parfois pousser des ailes…
Dans un autre registre, Miami Vice, n’en est pas pour le moins dénué de vertus (oui, Cyril, je sais, c’est facile…). Là encore, Michael Mann reprends des réflexions développées dans ses précédents films et continue, peut-être avec un peu moins de maestria que dans Collateral, à utiliser son style vif, rythmé, et haletant. Caméra numérique à l’épaule, lumière minimaliste, ambiance électrique et urbaine, Mann relève considérablement le niveau des adaptations de séries télévisuelles, habituellement dénuées de tout intérêt purement cinématographique.
Il cède toutefois à la facilité vers la fin du film, pâle copie de milliers de films d’action sans profondeur, au souvenir soluble dans le pop-corn.
Un petit détour par le cinéma Selon Charlie et Nicole Garcia, ou quand les quadra et quinquas dépriment, ils peuvent arriver à déprimer les jeunes générations. Hasards, coïncidences et croisement de personnages en quête d’identité dont les croisements, entrecroisement, chevauchements et autres atermoiements vont les révéler à eux-mêmes…
On se demande quand même un peu où est passé le cinéma…
Et bien peut-être a-t-il traversé la Manche avec une palme d’Or pour permettre à Ken Loach de nous offrir un film fort, émouvant, insoutenable certains moments, et dont on arrive difficilement à parler à chaud tellement certaines images restent gravées. On dit souvent que Loach est à son apogée dans les films à la veine plus sociale qu’historique. Et pourtant, cette histoire « familiale » sous fond d’histoire tout court nous transporte littéralement. Les coups de feu nous glacent le sang, les cris des soldats nous hérissent les poils, les scènes de torture nous soulèvent le cœur et le résultat nous entraîne directement au pub pour partager une pinte avec quelques irlandais de Boulogne avant que le Vent se lève...
Voila la petite moisson cinématographique récente qui va bientôt se compléter de quelques films américains dont je vous rendrai compte dans quelques jours, à mon retour des planches deauvillaises. A moins qu’un excès de zèle ne me fasse vous faire vivre quelques moments du festival en direct. Mais… suspense ;-)
18 juin 2006
Les Irréductibles de Renaud Bertrand
Prenez un sujet qui pourrait paraître intéressant : deux hommes mûrs, fraîchement licenciés veulent reprendre leurs études et passer leur bac, ajoutez-y un casting compétent, Jacques Gamblin et Kad Merad et vous obtenez… un film raté.
On peut tout d’abord se demander s'il y a vraiment un réalisateur derrière la caméra : aucune originalité, juste une succession de scènes plan-plans où les acteurs semblent s’autodiriger.
Et puis l’ambiance du film, un peu rétro, pleine de bons sentiments : c’est beau, ils sont au chômage, ils repassent le bac, grâce à leur ancien patron… C’est beau la vie, votez Sarkozy…
Bref, ne nous attardons pas sur ce film et pensons vite au prochain…
14 mai 2006
Mission 4 Etoiles
Deux pour le prix d’un tel pourrait être le titre de cette chronique.
Le troisième opus des aventures impossibles d’Ethan Hunt alias Ton Cruise d’un côté et la rencontre entre deux comédiens en excellente forme sous fond de palace cannois de l’autre.
Et dans un cas comme dans l’autre on n’est finalement pas trompé par la marchandise.
Le film d’action / espion fonctionne selon les codes du genre qui ont fait le succès de la série au cinéma : action, cascades et gros plan sur Tom Cruise en pleine action.
Réalisateur chevronné mais hélas classique aux commandes, l’argent est à l’écran, le spectacle aussi. Bref, on ressort comme on est rentré, le cerveau dans le même état, les oreilles peut-être un peu moins alertes, après deux heures d’explosions en tout genre. En tout cas satisfait du divertissement attendu…
4 Etoiles quant à lui, se veut une comédie d’acteurs, hommage aux années 50 qui nous ont livrés de sérieux chef d’œuvre de ce style prisé de réalisateurs tels que Lubitsch ou Capra.
Et qui dit comédie d’acteurs dit forcément… acteurs.
Et le choix fait par Christian Vincent est judicieux et jubilatoire au possible. José Garcia en petit escroc de Croisette et Isabelle Carré, plus belle que jamais, qui vient claquer un héritage imprévu en s’offrant un séjour au Carlton, sont parfaits. Ce duo « je t’aime, je te hais et finalement ben je t’aime » est complété par un François Cluzet, ex-pilote de F1, rangé des voitures, et manipulé de tout côté, assez hilarant.
Dialogues percutants, quelques scènes absolument irrésistibles, des décors plutôt agréables (oui je sais à quelques jours du début du festival, un film qui se passe au Carlton ne me laissera jamais insensible…), on est là encore pas trompé sur la marchandise. Et l’hommage aux comédies des années 50 est tout à fait réussi.
Donc pour des envies de distraction sans prétention, deux films, qui dans leur genre, répondent aux attentes.
24 avril 2006
Oss-pitalier
Cela faisait bien longtemps qu’une comédie française n’avait pas utilisé à bon escient un ingrédient assez utile au cinéma : LA MISE EN SCENE.
A côté des Bronzés 3 remake de « Y-a-t-il un metteur en scène pour sauver le film ? » (Je vous rassure la réponse est « hélas non ! »), d’une Doublure où la mise en scène est strictement et classiquement au service de l’efficacité du scénario et des personnages et d’autres comédies brillant pas l’absence totale d’idées de mise en scène, et bien OSS 177, fait preuve d’une inventivité, d’une originalité assez peu commune dans le genre.
En effet, son metteur en scène (oui, oui je vous assure il y a un vrai metteur en scène derrière ce film !), a choisi d’impressionner – en Technicolor – la pellicule, et le spectateur par la même occasion, de toute sortes d’influences et de références tout aussi cinéphiliques qu’agréables à regarder. Puisant évidemment dans le film d’espionnage des années 50, Hitchcock en tête et dans James Bond en tant que personnage référent, Michel Hazanavicius donne une vraie dimension au film.
Le personnage, OSS 117, autrement appelé Hubert Bonisseur de la Bath (joli nom vous trouvez pas ?), agent secret dont l’aptitude à résoudre une affaire stratégique pourrait égaler celle d’un Steevy Boulet (oui ça lui va mieux écrit comme ça) à comprendre la politique, est envoyé au Caire pour résoudre une affaire de la plus haute importance.
Inspiré de la célèbre série de romans de Jean Bruce, sortie quelques années avant les aventures de James Bond imaginées par Ian Fleming, le héros campé par Jean Dujardin, se démarque dans bien des aspects de son modèle pour prendre les traits d’un agent secret 100% français accumulant les clichés désopilants.
Et le regard, certes très ahuri, de Jean Dujardin n’y est pas étranger. OSScillant entre une sorte d’inspecteur Clouseau, dont les remarques font toujours mouche, et un inspecteur Drebin digne des plus grands moments des Y-a-t-il un flic…, Jean Dujardin, d’un simple mouvement de sourcil et en un quart de seconde, passe de Sean Connery à Clouseau, déclenchant l’hilarité d’une salle entière.
Les dialogues tout comme les gags fusent, et le spectateur est réellement embarqué dans cette histoire rocambolesque. Les seconds rôles féminins, Aure Atika et Bérénice Béjo complètent parfaitement la présence quasi constante de Jean Dujardin et ajoutent la part d’intuition féminine qui fait bien défaut à notre cher agent secret.
Bref, un très très bon moment (la salle applaudissait ce qui est quand même assez rare lors d’une séance dite « habituelle »). En tout cas la meilleure comédie de l’année à ce jour.
05 avril 2006
Romanzo Criminale ou quand l’Italie fait devoir de mémoire
Préliminaire : ‘Top Modelo Criminale’
Je vais commencer cette chronique par la fin pour une fois mais sans toutefois révéler une information capitale ; quoique cette info pourrait conduire certaines personnes à se ruer dans les salles.
J’ai vu ce film ce week-end, dans l’ensoleillée cité de Lyon, en compagnie d’une personne que nous nommerons pour l’occasion « Corneille », et qui, d’habitude prompte à se lancer dans une réflexion pertinente sur le film, s’est écriée dès le franchissement de la porte : « Putain, qu’est ce qu’il est beau », en parlant de Kim Rossi Stuart (Freddo dans le film).
En même temps, loin de moi l’idée de lui jeter la pierre parce qu’en sortant du cinéma, mon inconscient me dictait ces paroles : « Putain, Anna Mouglalis, qu’est-ce qu’elle est belle »
Pour celles et ceux qui ne les connaîtraient pas, voici les sources de nos exclamations respectives car il ne faut pas faire de jaloux…
Voila pour satisfaire votre curiosité et votre soif de connaissance cinématographiques…
Ce préambule passé, passons à l’essentiel, attachons nous au film lui-même, « Romanzo Criminale » de Michele Placido.
Ancré dans la réalité de la société italienne des années 70 et inspiré de faits divers réels, Romanzo Criminale, nous fait pénétrer dans le cœur et dans les cœurs d’une bande de criminels. Cette bande qui a réellement existé, sous le nom de la bande de la Magliana, a sévi en Italie, durant les fameuses années de plomb, les années 70, sombres années où les brigades rouges font la une des journaux notamment avec l’enlèvement le 16 mars 1978 du premier ministre italien, Aldo Moro, et son exécution 55 jours plus tard.
Michele Placido, avec ce film de gangsters nerveux, rend ici hommage au cinéma engagé de Francesco Rosi, cinéma aujourd’hui beaucoup moins présent sur les écrans italiens mais qui connut son heure de gloire dans les années 70.
On attend d’ailleurs avec impatience le brûlot anti-berlusconi de Moretti dont on dit le plus grand bien… Mais là n’est pas le sujet enfin pas tout à fait.
Le film est centré sur les personnalités des chefs de bande, amis d’enfance qui, adolescents, pour briser la monotonie, décident de faire leur premier coup.
On suit donc l’ascension criminelle de Dandy, du Libanais, du Noir et de Freddo (le beau gosse évidemment…), dans ces années où la collusion entre pouvoir politique et establishment criminel était monnaie courante.
Nanni Moretti tentera peut-être une approche moderne de cette maxime… Oui je sais je parle beaucoup de Moretti mais j’ai hâte de voir ce pamphlet dont on attend beaucoup.
Il faut une attention un peu soutenue au début pour se concentrer sur l’ensemble des personnages peut-être à cause d’une légère désorganisation dans le montage. Et la multiplicité des plans additionnée à la multiplication des personnages n’aident pas dans la compréhension des premières minutes.
Mais dès que Placido se recentre plus calmement sur ces personnages principaux et leurs satellites immédiats que sont le commissaire de police et la prostituée (la sublimissime Anna Mouglalis) qui jouent d’ailleurs avec Dandy, un trio amoureux assez efficace et universel, le film gagne en force et en linéarité, les mouvements se font plus sûrs, plus aboutis renforçant le côté réaliste, l’ambiance générale du film et sa profonde noirceur.
La scène de la célèbre et meurtrière explosion de la gare de Bologne, qui mêle habilement images d’archives très dures et fiction est une des plus saisissantes du film, qui permet également au personnage principal, Freddo (oui le joli cœur…), de connaître une évolution notable dans son caractère et son appréhension de la situation.
Finalement un peu perdu au début, on se laisse volontiers et inconsciemment embarquer par cette prenante histoire qui n’est pas sans poser beaucoup de questions sur la société, italienne notamment. On s’attache bien sûr à Freddo (oui le tout mignon…), pour qui l’amour sera révélateur et salvateur dans un premier temps même s’il reste dans bien des situations un tueur froid et sanguinaire et…, et vous saurez la suite en allant voir le film en salle ! Bonne projection.
Frédo (et oui, il n’y a qu’un seul d…)
15 mars 2006
Cra-Moisis 3
Préambule
Lorsque l’on voit un film français grimper semaine après semaine vers les cimes du box-office, on ne peut manquer de se réjouir pour la fréquentation des salles de cinéma qui en ce moment accueille de plus en plus de spectateurs vers les films français.
J’en veux pour preuves les bons scores réalisés par des films tels que « L’ivresse du Pouvoir », ou « Fauteuils d’Orchestre »
Après ce premier constat positif, la question à se poser est la suivante : « Le film est-il à la hauteur de ces chiffres ? »
Et là, seul un avis totalement subjectif ne peut suffire… Qu’importe ! Après avoir lu cette critique, vous saurez uniquement ce que j’en pense qui n’est, bien entendu, pas l’avis de tout le monde et certainement pas le plus partagé par les spectateurs…
Et pourtant ! Dieu sait à quel point j’aime nombre des films du réalisateur en question : la fille sur le pont, le mari de la coiffeuse, tandem, les grands ducs (film souvent incompris…), ridicule,…., j’en passe et des meilleurs.
Et pourtant ! Dieu sait à quel point j’ai adhéré aux blagues, certes potaches, mais tellement réalistes des deux premiers opus de cette trilogie…
Et pourtant ! Dieu sait à quel point la belle brochette présente au casting peut être signe de qualité et de bonne humeur communicative garantie…
Et pourtant ! Dieu sait à quel point ce troisième volet de ces héros qui ont bercé des générations entières au cinéma et à la télé, était attendu.
Mais voila, même si ces générations se sont ruées dans les salles pour éprouver le même sentiment de partage, d’envie de découvrir la suite des aventures de nos six « amis pour la vie », et bien le constat est rude : « Ils ont vieilli »
Et malheureusement, avec l’âge, ils ne sont pas, comme on aurait pu l’espérer au vu des deux précédentes cuvées, bonifiés… La cuvée 2006, sent le frelaté, la robe, la cuisse, le bouquet sentent le fabriqué à partir de mélanges douteux l’argent facile et le marketing poussé.
Et un film, comme tout bon vin, doit se faire avec passion, avec amour et avec un marketing raisonné…
Ici, on ne ressent aucune passion, aucune vraie envie, aucun enthousiasme transmis au spectateur, qui regarde, un peu désolé, les six personnages empêtrés, engoncés, dans leur vieux réflexes, mais que l’on veut faire passer pour la dernière mode. On souris quelques fois, en souvenir des bons moments passés à Galacinda ou au ski mais sans plus, juste par une bête compassion envers ces six « francais moyens » qui se retrouvent copropriétaires d’un hôtel de luxe en Sardaigne par on se sait quel hasard…
On essaie difficilement de se raccrocher à telle ou telle situation connue, tel personnage, tel trait de caractère, mais rien n’y fait, 27 ans après, la magie ne passe pas. Le scénario oscille entre vieux gags à 30cts d’Euros et farce tragique. L’âme des premiers épisodes, la caricature acerbe de la société de l’époque et de ses petits travers, les répliques cultes reprises dans les cours d’écoles et autour des machines à café, tout ces petits détails qui font d’un film, un film culte, ne sont ici qu’une succession de répliques et de situations convenus, vécus par six acteurs qui n’y croient pas eux même. Au moins, pouvait-on espérer que leurs retrouvailles sur un plateau de tournage 27 ans après, allait se ressentir sur l’écran. Hélas, elles ne se ressentent que sur leur compte en banque…
La réalisation sans aucune inventivité, semble suive, pépère, les petites aventures de nos héros sur le retour.
On a finalement un peu l’impression de passer devant une vitrine qui afficherait « dernière démarque avant liquidation totale » Alors on rentre jeter un coup d’œil, et puis, tous les bons produits ayant déjà été acheté, on sort un peu désabusés mais tellement habitués, finalement, à ces tristes fermetures d’établissement.
On se dit juste que si le magasin a fermé, c’est que derrière, il y en aura un autre certainement mieux achalandé et où les produits mis en vitrine donneront un peu plus envie d’entrer.
07 mars 2006
And the Oscar goes to...
Pour tout cinéphile insomniaque, le meilleur moment de l’année se situe tout début mars. Le programme est d’une simplicité redoutable : couette, musette du coureur de fond (d’écran) composée de boissons énergétiques, de gâteaux sucrés et salés (mais beaucoup sucrés quand même), et d’un bon oreiller. Heureusement pas de contrôle anti-dopage prévu à l’arrivée…
Bref, lorsque vous êtes parfaitement installés sur les starting block, le départ peut avoir lieu.
Et au lieu d’une ligne de départ, vous êtes face à un tapis rouge. Ce fameux tapis rouge qui fait rêver tout un chacun qui s’imagine fouler finalement cette longue moquette rouge aux bras d’une star aussi prestigieuse que George Clooney ou Reese Witherspoon.
Et là, c’est le début du plus grand défilé de l’année et du recueil de questions les plus pertinentes de l’année : « Ouah votre robe, elle est magnifique, c’est quel couturier ? », « George vos boutons de manchettes sont parfaitement assortis… » Une succession de moments d’une profondeur et d’une perspicacité aussi parfaites font plaisir à voir à la télévision…
Passé ce désagréable moment d’ambiance basse cour ou poules diamantisées et coqs pingouinisés de tout poil viennent pavaner devant les caméras du monde entier, la vraie cérémonie peut débuter.
Et cette année, l’académie des Oscars avait décidé de toucher un public plus jeune en confiant la présentation de la soirée au présentateur vedette de la chaîne Comedy Central (une chaine du câble équivalente à Comédie en France). Connu pour présenter un vrai faux journal très peu en accord avec la Busherie ambiante, Jon Stewart était attendu au tournant dans son discours d’introduction. Discours d’introduction plutôt très bien écrit, tout le monde en prenant pour son grade, démocrates, républicains, acteurs, actrices,…
La séquence d’ouverture précédant le discours de Jon Stewart fut aussi un grand moment. Nombre de présentateurs de la soirée ayant officié les années précédentes se voyaient proposé le poste de maître de cérémonie. Et chacun y allait d’un gag de son cru. La palme au couple de Cow Boys brillamment incarnés par Billy Crystal et Chris Tucker qui déclinent poliment l’offre en prétextant avoir « d’autres chose à faire dans leur tente »
Côté palmarès, la vraie surprise est venue de la récompense suprême du meilleur film attribuée, contre toute attente, au film de Paul Haggis, « Collision », qui remporte également l’Oscar du meilleur scénario et du meilleur montage.
Autre grand gagnant de la soirée, celui-ci plus attendu, « Brokeback Mountain », le film d’amour d’Ang Lee, remporte la statuette de meilleur réalisateur, de meilleur scénario et de meilleure musique.
Cette année, l’ensemble des statuettes a été assez équitablement réparti contrairement à certaines années ou un seul film empochait à lui seul huit ou dix trophées.
A signaler, cocorico oblige, nos french pinguins – pas manchots pour le coup – puisqu’ils repartent fièrement avec la statuette du meilleur documentaire.
Et pour les inconditionnelles du « craquant (avec des sanglots dans la voix) » George Ross Clooney, sachez mesdemoiselles qu’il repart du Kodak Theater avec son premier Oscar pour son second rôle de poids dans Syriana. Et rassurez-vous, il a, depuis le tournage, perdu les 15 kilos qu’il avait dû prendre pour les besoins du rôle.
Du côté des premiers rôles, c’est un nouveau mot qui a été récompensé hier soir à Hollywood : le biopic… Nouvelle acception pour désigner la biographie filmée d’une personnalité ayant existé. Et cette année, Truman Capote et Walk the Line remportent le pompon. La performance exceptionnelle de Philip Seymour Hoffman qui campe un Truman plus vrai que nature, est saluée par l’oscar du meilleur acteur tandis que Reese Witherspoon obtient, pour le rôle de la compagne du chanteur-guitariste Johnny Cash, la très convoitée statuette de la meilleure actrice.
Une bien belle soirée, bien rythmée par les retours plateau made in Canal Plus, et les interventions souvent bien vues de l’équipe Laurent Weil, Didier Allouch et les inimitables Kad et Olivier, l’une des raisons de rester réveillés…
Fred (envoyé spécial depuis son canapé)
EPILOGUE
Los Angeles – 20h30– fin de la cérémonie en direct du Kodak Theater.
Paris – 5h30 du matin – fin du Marathon Oscar en direct du canapé-lit
Encore une année ou je suis arrivé au bout sans abandonner en cours de route… Je me remets l’Oscar du meilleur veilleur cinéphilique devant un parterre de paquets de gâteaux plus qu’entamés, un peu comme moi ce matin en arrivant à 10h au bureau…
06 mars 2006
L'Ivresse du Pétrole
Pour commencer ce blog, j’ai décidé de vous parler de deux films politiques qui se placent en bonne position au box office.
D’un côté le portrait d’une femme sur un fond d’affaire politico-financière, dressé par Claude Chabrol dans l’Ivresse du pouvoir ; et de l’autre le portrait de la situation politique et économique dans le golfe persique sur fond de multiples histoires parallèles qui finissent par se rejoindre, je veux bien sur parler de Syriana, de Stephen Gaghan.
Chabrol a décidé dans son nouvel opus de dresser le portrait d’une juge d’instruction, Isabelle Huppert, aussi froide et glaçante que possible au début et qui gagne en humanité au cours du film lorsqu’elle prend conscience des limites de son métier et de son prétendu pouvoir.
Le fond de l’histoire – l’affaire Elf – ne sert finalement qu’à appuyer le discours du réalisateur, sur l’étendu du pouvoir du juge et ses limites, et sur la psychologie de son égérie Isabelle Huppert, que le réalisateur retrouve ici pour la septième fois.
L’affaire Elf y est bien sur présente dans des petits détails plus ou moins appuyés que l’on découvre avec plaisir durant tout le film. A commencer par le nom de la juge, Jeanne Charmant-Killman, et de Charmant à Joly il n’y a qu’un pas… Les problèmes de peau du président Humeau, remarquable François Berleand, font bien entendu penser au psoriasis de Loik le Floch-Prigent. Je vous laisse découvrir les nombreuses allusions tout au cours du film et elles sont nombreuses.
Si l’on part du postulat de départ que Chabrol a voulu faire le portrait d’une femme à travers le prisme d’une histoire vraie plus ou moins fictionnalisée, de ce point de vue, le film est une vraie réussite. Le propos de Chabrol a toujours été au fil de ses films de dénoncer la société bourgeoise et ses travers en se centrant sur tel ou tel catégorie de notables : avocats, médecins, juges, tous en ont pris pour leur grade au fil de l’immense filmographie du maître qui compte pas moins de 57 films !
Dans un style cinématographique et narratif totalement différent, le second film de Stephan Gaghan, dont le premier opus, « Abandon » avec Benjamin Bratt et Katie Holmes est totalement inédit en France, demande une attention du spectateur de tous les instants.
Donc il s’agit de ne pas oublier son cerveau chez soi avant de s’attaquer à ce scénario à tiroir, particulièrement prisés du réalisateur qui a commis le scénario de Traffic, dont Syriana reprend bien des points communs.
A commencer, je vous le disais précédemment, par les nombreuses histoires qui s’entremêlent, se succèdent et s’entrechoquent pour, au final, plus ou moins se rejoindre.
Plus ou moins car, le spectateur pourtant attentif que je pensais être avant d’entrer dans la salle en est ressorti un tant soit peu interrogatif sur de nombreux points de l’histoire. Rapports entre tel et tel personnage, rôle véritable de certains autres, réaction un peu spéciale et floue d’un autre, bref une succession de petits doutes, de petites ombres au tableau qui sème le doute dans notre, il est vrai petit cerveau de cinéphile, certes diminué par l’abus de nouvelle star, mais plutôt sensible à ce genre d’univers.
Cinématographiquement parlant, le cinéaste cherche beaucoup son inspiration vers le Steven Soderbergh de Traffic (Soderbergh étant par ailleurs avec George Clooney le producteur du film à travers leur société commune Section 8). Caméra virevoltante, rythme soutenu, montage parallèle, donne à l’action une véritable intensité tout en laissant quelque fois le spectateur un peu sur le côté de la route. Et dans le désert, sans point d’eau, point de salut… Et point de respiration.
Deux films à conseiller à ceux qui veulent en apprendre plus sur les affres de notre société et sur les limites de la mondialisation lorsque qu’un pays s’en autoproclame le centre… Bonnes projections !







